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LE MONUMENT AUX MORTS

La mobilisation générale du 2 août 1914 toucha Vacquiers en pleine période de moissons. Comme toute la France rurale, le village fut amputé d’une partie de sa force vive pour terminer le ramassage des récoltes et préparer les semailles de l’automne. Encore une fois Vacquiers dut faire preuve de solidarité et d’entraide. Femmes, hommes non mobilisés, jeunes s’unirent pour accomplir les travaux des champs et subvenir aux activités orphelines d’artisans.


S'appuyant sur la loi du 25 octobre 1919 relative à la commémoration et à la glorification des morts pour la France au cours de la Grande Guerre, chaque village pouvait obtenir des subventions pour un moment de mémoire.

Le monument aux morts devait être implanté dans un espace public symbolisant le lien entre le champ de bataille et l’arrière et suffisamment vaste pour recueillir un rassemblement.

Le plateau de Vacquiers Haut, dominant les alentours, était tout indiqué. En effet, cet endroit porte l’histoire du village et a connu des alternances de périodes de paix et prospérité mais aussi d’attaques et de pillages. De plus, cet emplacement permettait un accès facile depuis l’église. En effet, jusqu’à la fin du siècle dernier toutes les cérémonies au monument aux morts étaient précédées d’un office religieux.

Le 3 juillet 1921, Monsieur Ducros, Maire de Vacquiers et son conseil municipal présenta au Préfet la demande de subvention pour l’achat d’un monument aux morts. Le dossier se basait sur les plans de Monsieur Laurent Tellier, entrepreneur spécialisé à Toulouse (Croix-Daurade).

Le monument serait réalisé en granit du Sidobre.

 

Le devis s’élevait à 5 000 francs, auxquels il fallait ajouter 75 francs pour chaque plaque et 80 francs pour graver les lettres.

L’accord fut donné le 23 juillet 1921.

 

L'inscription d'un nom sur le monument s’y justifiait pleinement dès lors que le défunt, décédé au cours d'une guerre ou d'opérations assimilées à des campagnes de guerre, était titulaire de la mention "Mort pour la France", et était né ou domicilié légalement en dernier lieu dans la commune considérée.

 

Les pierres de granit furent acheminées depuis Toulouse par le train jusqu’à la gare de Vacquiers, puis en charrette jusqu’au plateau de l’église.

 

Après la construction du monument aux morts en 1923 et plusieurs délibérations du conseil municipal, Monsieur le Maire commande à Monsieur Pierre Durrieu, serrurier à Toulouse, une grille en fer forgé pour entourer le monument aux morts ce, pour le prix de 1 100 francs.


Le monument aux morts choisi est de type patriotique basé sur un obélisque sur socle, forme classique de l'art funéraire, dressé vers le ciel et surmonté d’un coq, symbolisant traditionnellement la nation et le patriotisme.


Sur l’obélisque fut ajoutée la dédicace «AUX ENFANTS DE VACQUIERS» et, sur son pied, une plaque avec l’inscription «MORTS POUR LA FRANCE 1914-1918».

La municipalité apposa également une petite plaque matérialisant son initiative.

 

Une palme et une croix de guerre, symboles de la victoire et du sacrifice, ornèrent la stèle ainsi que deux plaques portant les noms des soldats du village. Le nom de certains soldats, avec l’accord de la famille, fut agrémenté d’une photographie du héros.


Du fait de sa vaillance et de son panache,  un coq surplombe le monument aux morts, perché sur globe symbolisant la France, et plus particulièrement la patrie rayonnante (le pays était alors à la tête du second empire colonial au monde).

18 Vacquiérois sont morts au front de la grande guerre, en France, Belgique et Grèce :

·         7 d’entre eux seulement reposent au cimetière du village (2 dépouilles ont été ramenées le 9 février 1922),

·         8 autres reposent dans les mausolées du nord et de l’est de la France,

·         2 soldats, jamais retrouvés, ont été ensevelis sous les bombardements ennemis,

·         1 soldat repose dans un mausolée en Macédoine.

La municipalité a depuis étendu la possibilité d’inscrire le nom des victimes dont le décès était consécutif à un fait de guerre.

Ainsi les noms de 4 Vacquiérois ont été ajoutés sur le monument aux morts :

·       1 décédé dans un accident en Autriche durant la seconde guerre mondiale,

·       3 durant les conflits liés à décolonisation,

Les soldats de Vacquiers, morts pour la France :

 

Guerre de 1914 - 1918 :

 

AURIOL Marcellin à l’âge de 28 ans

BLAQUIERES Clovis à l’âge de 21 ans

BREX Jean-Marie à l’âge de 44 ans

CALMETTES Jean-Urbain à l’âge de 21 ans

DARNES Albert à l’âge de 26 ans

ESCOFFRES Louis à l’âge de 27 ans

GRANIER Célestin à l’âge de 30 ans

ILLES Emile à l’âge de 24 ans

ILLES François à l’âge de 26 ans

JUNQUA François à l’âge de 32 ans

LAFFORGUE Louis Firmin à l’âge de 33 ans

PAPAIX Germain à l’âge de 20 ans

PECH Antoine à l’âge de 23 ans

PLANEZE Pierre à l’âge de 28 ans

ROUMAGNAC Jean à l’âge de 49 ans

TIMBAL François Antonin à l’âge de 31 ans

TIMBAL Jean-Pierre à l’âge de 42 ans

TOURNIER Clément à l’âge de 29 ans

 

Guerre civile Syrienne de 1925 - 1927 :

 

TOURNIE Germain mort le 3 août 1925

 

Guerre de 1939 – 1945 :

 

GRANIER Elie Marius à l’âge de 33 ans en 1941

 

 

Guerre d’Algérie de 1954 - 1962 :

 

ALRIC Claude à l’âge de 22 ans en 1959

REGGIANI Séverin à l’âge de 20 ans en 1961

 

 

Dans l'église de Vacquiers, sur une plaque est gravé :

"A la glorieuse mémoire des soldats de la paroisse de Vacquiers

morts pour la France 1914 - 1919".


En 1918, deux soldats sont morts de leur blessures après rapatriement à Vacquiers et le dernier, lieutenant, est mort de ses blessures à l’hôpital dans le Rhône le 1er mai 1919.

 

Concernant le monument aux morts, les plaques initiales portant les noms et des photographies de soldats de la grande guerre ont été sauvegardées et mises à l’abri dans l’église. Les nouvelles plaques ont été apposées sur le monument aux morts dans le cadre des cérémonies commémoratives pour le centenaire de la grande guerre. Sur l’obélisque la dédicace «AUX ENFANTS DE VACQUIERS» a été complétée avec le texte «MORTS POUR LA FRANCE» pour rester conforme à la configuration initiale.

Heureusement parmi tous les hommes mobilisés, certains rentrèrent au pays.

Citons par exemple les frères Salvy et Raymond Galy, nés à Vacquiers et mobilisés dès le 2 août 1914. Ils partirent au front le 15 janvier 1915, mais par le plus grand des hasards se retrouvèrent par la suite détachés à la Poudrerie de Toulouse. Ils furent démobilisés respectivement le 30 juin 1916 (réformé suite à maladie) et le 6 février 1919 pour retrouver leurs champs à Montjoire.

 

En 1920, la Société Des Nations confia à la France le protectorat du Liban et de la Syrie. Or de 1925 à 1927, la grande révolte syrienne opposa le peuple au pouvoir français. Un Vacquiérois, tirailleur colonial, y laissa la vie au Djebel-Druze le 3 août 1925.

 

Pensons aussi à tous ceux qui sont revenus de ces terribles épreuves du début du XXème siècle, qui ont dû souffrir pour défendre notre pays.

Pendant la seconde guerre mondiale, Vacquiers était en zone libre et ne fut donc pas occupé. De nombreux réfugiés ont été accueillis au village et la vie en ces temps de guerre n’y fut pas trop difficile.

Plusieurs soldats de Vacquiers furent emmenés en captivité durant le conflit.

 

Sur 11 jeunes partis servir en Algérie, 2 enfants du village respectivement cuirassier et parachutiste, périrent à Sakiet Sidi Youssef en Tunisie et à Meknès en Algérie.

 

A l’arrière du monument aux morts se trouve un mortier de 58 mm T N°2. C’est une pièce rare appelée « crapouillot », notamment pour son allure trapue et lourde.

Le crapouillot désigne, dans le vocabulaire des soldats français de la Première Guerre mondiale, un mortier de tranchée français et par extension ses munitions, les torpilles d'artillerie.

Ce terme signifie littéralement « petit crapaud », crapaud désignant l'affût d'un mortier. Le servant de ces pièces était appelé un « crapouilloteur ».

 

Le crapouillot désignait déjà, sous le Second Empire, un petit mortier en bronze, trapu et massif, à l’allure de crapaud. Ressorti des entrepôts, à l’automne 1914, il donna son nom aux mortiers de la guerre des tranchées.

L’objet lui-même est une pièce d’artillerie à tube court et à tir courbe qui permet d’atteindre l’ennemi au fond de ses retranchements.

Le tube reçoit la charge de poudre et son projectile est une bombe munie d’ailettes prolongée par un manchon qui s’emboîte dans le tube. L’empennage fonctionne comme celui d’une flèche d’arc, il maintient la trajectoire, pointe en avant, assurant la précision du tir et l’explosion au point d’impact. 

Le crapouillot tirait divers projectiles de 16 à 45 kilos, le plus lourd à 350 m, le plus léger pouvait atteindre 1 400 m.

Son affût permettait le réglage de l’inclinaison du tube de 45° à 80°, angle qui faisait arriver sa bombe quasiment à la verticale de sa cible. L’ensemble était démontable, pèsait 175 kg mais le mortier nécessitait aussi une plateforme en madriers de 450 kg pour assurer sa stabilité. De ce fait, son transport nécessitait 16 hommes.

 

Le modèle 58 n° 2 restait le plus répandu dans les tranchées françaises. Sa bombe à ailettes, en drap garance, devint même l’insigne des artilleurs de tranchée, corps dont le général Joffre préconisait la création dès le 16 février 1915.

L’artillerie en profitait pour envoyer ses fortes têtes partager la vie des fantassins dans les tranchées, d’où la réputation frondeuse attachée aux « crapouillots ».

 En 1917, le corps comptait 50 000 hommes, 1200 officiers, 30 000 chevaux répartis en 300 batteries. Il fut dissous après l’armistice.  

En argot de poilu, le mot « crapouillotage » désignait un bombardement par crapouillots et autres armes de tranchées à tir courbe et « crapouilloter » l’action d’effectuer ce bombardement.

Vous qui lisez ces lignes, ayez une petite pensée pour les héros du village.


Le monument aux morts, en leur hommage, est régulièrement entretenu et nettoyé.


Leur souvenir est maintenu lors de dates de commémoration des fins de conflits du XXème siècle.


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