FOUILLES ARCHÉOLOGIQUES de l'HABITAT RURAL MÉDIÉVAL
Par Marie YERLE
Au début des années 1980, Jean-Luc PAGES, habitant de Vacquiers et membre de l’Association Archéologique de Villariès (ARAV), était à la recherche de l’emplacement de l’église « Saint Pierre du Bousquet », mentionnée dans la monographie écrite par Adrien Escudier sur Vacquiers, et décrite par lui comme dominant la plaine du Ticol.
Ses recherches, tout au long de la terrasse dominant la plaine, restèrent infructueuses.
Toutefois les discussions avec les propriétaires des terres environnantes lors de ses prospections, lui permirent d’obtenir des informations intéressantes :
- Une motte importante (40 m de diamètre environ) avait été arasée d’un mètre en 1960 par le propriétaire des «Tonis». Depuis, des tessons de poteries apparaissaient en surface lors des labours.
Sur le cadastre napoléonien de 1818, la parcelle concernée apparait au lieu-dit Saint Martin Section D du Ticol. - De l’autre côté du ruisseau, le nivellement du champ également effectué faisait apparaître des ossements.
Sur le cadastre napoléonien de 1818, cette parcelle apparait au lieu-dit Saint Pierre Section D du Ticol.
S’agissait-il de l’église St Pierre du Bousquet dont le dîmaire dans les écrits mentionnaient un cimetière autour ?
Sur le Compoix de 1701 (Répertoire alphabétique des propriétaires à Vacquiers et descriptif des biens de chacun non relié à un plan) conservé aux Archives départementales, il est indiqué que « Jean et autres Jean Constans dit Borioblancs de Villematier tiennent à Saint Pierre … une pièce de terre et prés.. confrontant terre du dit M. Olaignon dans laquelle pièce, il y a une motte… élévation de terre qui marque l’endroit où était anciennement l’église de Saint Pierre. »

Les deux sites sont séparés par le ruisseau des Vignals et sont vraisemblablement liés car le terroir de Saint Martin associé à celui du Prieur, des Tonis et de Saint Pierre constituaient le dîmaire de l’église St Pierre du Bousquet.
A sa création, une dizaine de familles devaient dépendre de l’église St Pierre du Bousquet car d’après les prescriptions du XVIe concile de Tolède, toute église comprenant moins de 10 familles devait être unie à une autre église (P. LABBE Sacro Sancta Concilia VI col 1796).
Les sites de Saint Martin et de Saint Pierre se situent à l’extrémité du territoire de Vacquiers qui confronte ici celui de Villemur depuis le moyen âge (Le territoire de Villematier n’a été détaché de la commune de Villemur qu’au 19e siècle).
La route de Villemur à Toulouse passant par Vacquiers traverse ces sites.
Sur le cadastre napoléonien de Villemur (Section P de Montauriol), c’est la ferme de Borioblanc qui jouxte les sites vacquiérois de St Martin et St Pierre .

Une fouille de sauvetage programmé a donc été obtenue par l’association ARAV. Celle-ci fouillait en même temps le site du prieuré du Pinel à Villariès.
La fouille du site de la motte arasée, cadastrée St Martin, a donc était effectuée pendant 4 ans chaque été de 1982 à 1985 grâce à l’autorisation du Propriétaire, M. Sender, qui s’est toujours intéressé à nos travaux.
Parmi les participants aux fouilles, outre les responsables José et Thérèse Falco, citons Jean-Luc Pagès, JP Algayon, Georges Bastié, Charlette Boutes, Jean-Claude FAJEAU, Roger et Pierrette Gonzalvez, Georges Labouysse, Fabienne Muratet, Gilbert et Jeanine Pibouleau, Luc Vanderborcht, Anne-Marie Yerle et moi-même.
Deux lycéennes, Christine Bonniot et Elisabeth Martin, logées chez l’habitant, ont consacré l’eté 1984 au chantier de fouilles.
Deux étudiants en Archéologie, Catherine GAICH et Jean CATALO, ont également fouillés et consacrés leur thèse de fin d’étude à ce chantier : La Céramique de Vacquiers par Catherine Gaich et L’habitat du Nord Est Toulousain au moyen âge par Jean Catalo. Tous deux ont brillamment réussis ensuite dans le milieu de l’Archéologie.
Le site de St Martin a été implanté à 115 m d’altitude, dans une petite plaine sur la terrasse T3 ou basse terrasse du Tarn, alors qu’à 4 km de là, l’ancien castrum de Vacquiers domine la contrée. Aucun texte n’évoque l’existence de cet habitat situé sur le terroir de Saint Martin.
En premier lieu, Il convient de nommer ce site
Habitat Rural Médiéval et d’exclure les dénominations de villas médiévales, mottes féodales etc .., qui ne correspondent pas aux constatations faites à partir du mobilier et des résultats d’analyses (dendrochronologie, paléographie..).
Cet habitat a été occupé par des pasteurs-éleveurs durant quelques décennies au XIIIe siècle.
Malgré les décapages de 1960, le site se présente sous la forme d’une butte circulaire de 40 m de diamètre et offre un dénivelé de 0.47 m à 2.20 m. Il s’agit d’une butte artificielle élevée de la main de l’homme.
Les 4 années de fouilles ont permis de constater deux étapes dans la vie du site : une première occupation dans un enclos délimité par une palissade puis un processus d’amottement par le creusement de fossés (fossés de 6 à 9 m de largeur et 2.80 m de profondeur) remplaçant la palissade. L’accès se faisait alors par une passerelle (au sud-est, face à St Pierre). Le tronc de l’arbre servant de passerelle, immergé lors de l’abandon du site, aurait été abattu autour de 1264 (étude dendrochronologie).
Les bâtiments, (entrées orientées à l’est) sont installés à l’ouest du site, face à l’espace où s’est constituée la zone d’activités. Deux dépendances font corps avec la maison principale, lieu d’habitation d’une famille qui a utilisé pour bâtir le bois mêlé à l’argile comme en témoignent les trous de poteaux, piquets et la tranchée évidée de la palissade.

Les dépotoirs sont riches d’un mobilier abondant de céramiques (pots, fusaïoles, cornes d’appel...), d’ossements d’animaux (108 kg de reliefs de repas et animaux équarris et débités) et les aires de feux sont autant d’indices sur la fonction du site.
Plus de 20.000 tessons de céramique ont été répertoriés et ont permis de reconstituer de belles pièces provenant d’échanges et de trocs le long de la vallée du Tarn.
Le pégau en pâte rouge est la forme la plus répandue en trois tailles. Un pot porte une inscription datée du XIIIe siècle (paléographie), l’autre des graffitis en forme de flèches.
Des cornes d’appel et des pierres à aiguiser ont également été trouvées qui confirment la fonction pastorale.
Les pots à feu, en pâte grise, offrent peu de variante et les décors sont en creux.
Les fragments de verre appartenaient à différents gobelets et ils ont permis la reconstitution globale d’un gobelet décoré de deux cordons rapportés.
La présence de ce verre de grande qualité dans un habitat rural nous interroge.
Ce type de verres est obtenu à partir de la refonte de matière récupérée d’origine antique.
L’étude ostéologique des ossements effectués par un étudiant vétérinaire nous indique que 43 % sont des ossements de petits ruminants, 30 % de porcins, 17 % d’oiseaux de basse cour, 8 % de bovins et 2 % de chiens.
Concernant le porc, il manque systématiquement la partie arrière de l’animal qui était soit remise à l’ordre des chevaliers de St-Jean de Jérusalem selon la coutume de Fronton, soit utilisée pour du troc.
La viande est généralement bouillie.
Les chiens étaient utilisés pour garder les troupeaux (nombreuses « pourcades » dans le frontonnais).
ABANDON DU SITE
La raison de l’abandon du site n’est pas connue.
Mais tous les matériaux réutilisables ont été enlevés. Les poteaux de bois ne sont plus en place et ont dû être réemployés ailleurs.
Ce qui est certain c’est que les premières ventes de terres du dîmaire de Saint Pierre du Bousquet à des particuliers interviennent à partir de 1295.
Cet abandon du site pourrait résulter d’une sentence inquisitoriale de Bernard de Caux.
En effet, compte tenu des diverses datations effectuées qui convergent vers le XIIIe siècle, époque de la croisade contre les Albigeois puis de la création de l’Inquisition pour « extirper » l’hérésie à partir de 1229 en Occitanie, on trouve dans les registres de l’inquisiteur Bernard de Caux la mention du lieu-dit le Bousquet dans la déposition du chevalier Arnaud Hélie faite en l’an 1243 :
« A l’endroit qu’on appelle Le Bousquet près de Villemur, j’ai vu quatre parfaits dont je ne me rappelle pas les noms. Et j’ai vu avec eux Athon de Roquemaure, Arnaud de Grisolles et Adhémar Faur. Et à la demande de Bernard Grailh, de Bernard Gairaud et de Pierre-Raymond, frère de ce Bernard, Athon et moi avons amené ces parfaits jusqu’à Toulouse. Et là ils furent reçus par Pierre Raymond de Toulouse. Il y a onze ans environ. »
Or les sentences d’inquisition prévoyaient que les maisons ayant abrités des parfaits devaient être détruites. Le terrain où elles étaient bâties ne sera plus utilisé désormais et deviendra le réceptacle d’immondices.
Le texte de la sanction inquisitoriale n’a pas été retrouvée mais elle pourrait expliquer l’abandon de cet habitat rural.
Les familles relevant de l’église Saint Pierre du Bousquet ont dû être rattachées à l’église Saint Saturnin de Vacquiers ou autre église plus proche. Le dîmaire de l’église Saint Pierre du Bousquet a alors fait l’objet des premières ventes.
En conclusion, nous vous invitons à visiter le musée Archéologique de Villariès où est déposé le mobilier trouvé lors de ses fouilles.
Quelques documents photographiques des chantiers de fouille du site des Tounis

Bibliographie
- Rapport de fouilles ARAV 1982-1983-1984 et 1985
- Communications faites lors des IIIe journées archéologiques de Midi-Pyrénées le 7 et 8 juin 1986 par José Falco
- Recherches Archives départementales de Thérèse Falco et Bibliothèque municipale de Marie Yerle
Textes concernant le dîmaire et l’église de St Pierre du Bousquet (fin du XIIe à fin XIV e s) :
1170 Donation de l’église Sancti Petri de Bosqueto aux hospitaliers de Fronton par l’abbé de Saint Michel de Gaillac, avec tous les biens ecclésiastiques, dîmes, oblations et cimetière. (Inventaire général des titres de l’ordre de St Jean de Jérusalem Pièce justificative n°1)
1185 Ecclesia de Bosquet : XII deniers Toulousains (Archives Départementales ) n°2
1189 Raymond et Maffre du Bousquet, fils d’Otimer, seigneur de Vacquiers, octroient le 22 septembre 1189 à l’abbé de Grand Selve, le droit de pâture sur leurs terres (Documents historiques sur le Tarn et Garonne de Moulenq)
1232 Gleia del Bosquet (Archives Nationales : J 303 n° 46)
1257 Compromis entre l’abbé de Saint Sernin et les Hospitaliers sur le dimaîre de l’église Saint Pierre du Bousquet près de Vacquiers
1295 Le commandeur de Fronton approuve la vente faite par Raymond et Durand Tournier de Vacquiers à Raymond et Pierre dudit lieu d’une pièce de terre au lieu dit al bousquet…au terroir de Saint Pierre du Bousquet (Lauzimes Saint Pierre du Bousquet U 542 J/2)
1370 Le Commandeur de Fronton reconnaît la vente faite par Antoine Ramet à Guillaume Fournier d’une pièce de terre près de l’église du Bousquet (Cartulaire de Saint Sernin)




